#19 – La villa (Robert Guédiguian)

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Du crépuscule, nous retenons souvent l’idée d’une mort qui se profile. Mais la fugacité de ce moment tend également à désigner les lueurs de vie qui se maintiennent, même fragilement. L’ouverture du dernier film de Robert Guédiguian forme d’emblée un drame théâtral et familial. Du haut d’un balcon surplombant la calanque, le père de famille s’effondre sous un doux soleil d’hiver. Les trois enfants se retrouvent alors dans cette calanque qui fait tout à la fois office de cocon familial et de petit théâtre provincial rouvrant ses portes des années après. Leur entrée en scène est magistrale. Angèle débarque dans le petit port. Armand sort de son restaurant. Et Joseph regarde le tout depuis le balcon de la villa. Leurs retrouvailles dans un espace qu’ils occupent si bien disent tout de la profonde complicité qui les unit. Entre le restaurant, le petit port et le chemin de fer sur le pont, cet endroit possède quelque chose de magique et suranné à la fois, comme une belle maquette figée. Les trois frères et sœurs rejouent alors un acte en sachant qu’il s’agit probablement du dernier.

De mort, il en sera beaucoup question dans La Villa. Le père de famille meurt d’une vieillesse inévitable mais qui a le mérite de rassembler. Et en se donnant la mort, Martin et Suzanne s’offrent la sortie de scène qu’ils souhaitent par amour et dignité. Ils se tiennent la main simplement. On pense alors à la belle mort philosophique d’André Gorz et sa femme Dorine. Mais la mort n’a pas toujours ce visage serein. Elle est hideuse et révoltante lorsqu’elle est accidentelle et qu’elle touche des enfants. Un drame a conduit à la séparation de la fratrie : la mort de la fille d’Angèle. Cette mort se répète avec la découverte de trois enfants migrants, une fille et deux garçons. Suite à leur naufrage au large de la calanque, ils ont perdu leur frère. Angèle, Armand et Joseph s’unissent alors pour les protéger, dans un geste de révolte à la fois fraternelle et politique. Sans cesse mû par un solide engagement politique et par un amour rayonnant, Robert Guédiguian ne dissocie d’ailleurs jamais l’amour des siens de l’amour des autres. La bonté de son cinéma provient ainsi de ces moments d’union invincible qui ne peuvent pas mentir sur l’amour qu’éprouvent les personnages entre eux. Lorsque des nouveaux riches débarquent avec leur yacht dans la calanque sous le regard impuissant d’Angèle, Armand et Joseph, le dégoût du spectateur est grand. Ces nouveaux monstres contemporains arrivent pour peupler un théâtre qu’ils n’ont pas bâti. Alors la joyeuse fratrie et les enfants se promènent ensemble une dernière fois pour crier leurs prénoms sous le pont. Laisser une trace coûte que coûte avant de disparaître. Ce monde ne sera bientôt plus pour eux et c’est bien ça le plus triste.

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Tino Tonomis

1 réflexion sur « #19 – La villa (Robert Guédiguian) »

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