#11 – Les fantômes d’Ismaël (Arnaud Desplechin)

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Les fantômes ont cela d’obsédant qu’ils ne laissent en paix qu’à partir du moment où on sait les accueillir. Ismaël, éternel double d’Arnaud Desplechin, se laisse submerger par deux figures. Le film commence tambour battant sur son frère, Ivan Dédalus, à travers un film d’espionnage plein de roublardise. Le montage est haché et enchaîne les situations incongrues comme autant de projections fantasmées. Puis Ismaël est interrompu dans son scénario pour aller à l’encontre d’Henri Bloom, le père de sa compagne disparue, Carlotta. Le deuxième fantôme d’Ismaël est alors observé à travers des diaporamas, projections immenses qui font de l’ombre aux deux hommes. Les fantômes d’Ismaël annonce d’emblée sa douleur maladive. C’est un film sur l’absence qu’on comble par des projections.

Carlotta, l’amour perdu d’Ismaël, surgit un jour sur une plage et rencontre Sylvia la compagne d’Ismaël. La plage est le lieu du surgissement car des infinis s’y côtoient. Elle est aussi l’endroit de la rêverie. Carlotta débarque et entraîne son irréalité jusque dans le quotidien du couple. Ils cohabitent tous les trois. Nul autre choix n’est possible puisque les fantômes sont voués à rester. Carlotta apparaît par fondu enchaîné comme dans un sommeil impossible. Les séquences entre elle et Sylvia font d’ailleurs sonner une musique dissonante. Ces projections émanent du cerveau torturé d’Ismaël désireux malgré tout d’assister à la confrontation des deux femmes qu’il aime. Cette dissonance est aussi la rencontre de deux mélancolies désabusées. L’autre fantôme, Ivan, est une construction qu’on croit plus méthodique. Ivan l’espion est aussi difficile à trouver et à cerner qu’Ismaël le fou mais il est du côté de la rationalité. Cette rationalité se perd comme les lignes brouillées de la perspective qu’Ismaël s’échine à représenter à partir de tableaux de la Renaissance.

Cette traversée de la folie trouve une issue inattendue à la fin. Ismaël est entouré de fantômes dans son entourage le plus proche mais il a aussi ses côtés une figure stable. Henri Bloom. Ce dernier meurt juste après avoir revu Carlotta, sa fille disparue. La paix vient d’entre les morts. Henri Bloom devient un fantôme à son tour. Sylvia concède alors qu’Ismaël « aimait vivre dans son ombre comme sous un arbre ». L’arbre est décimé et il n’y a plus d’absence à combler, seulement le bonheur d’être avec les vivants qu’on aime pour leur seule présence.

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Tino Tonomis

1 réflexion sur « #11 – Les fantômes d’Ismaël (Arnaud Desplechin) »

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