#2 – Un beau soleil intérieur (Claire Denis)

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Tout part d’un dispositif somme toute assez classique : une planète lumineuse au milieu, Isabelle, et une galerie d’astres qui gravitent tout autour, ses prétendants. L’originalité provient de la mise en mouvement de ce dispositif. Au premier mouvement lancé, tout se meut dans des directions imprévisibles et tout entre en collision. Isabelle est une femme qui commet l’erreur de seulement croire à l’amour qui suit. Pas l’amour tout court. Elle a suffisamment pris des coups pour ne plus y croire. Mais l’amour qui suit. Elle y croit d’ailleurs pleinement, ce qui explique ses lâcher-prise rayonnants et enfantins. Elle est prisée par plein d’hommes. Certains sont sympathiques, un très grand nombre sont égoïstes voire antipathiques, la plupart sont lâches et tous sont illisibles. Illisible, Isabelle l’est aussi… sauf quand il s’agit d’aimer. Et le film avance avec fragilité sur cette faille cruelle et immense. Il est monté à partir des égarements du cœur et non d’une logique narrative.

Cette fragilité s’exprime à travers le langage qui forme dans ce film, et de façon presque métaphysique, le premier niveau d’incommunicabilité. Le langage se fait hésitant car l’amour l’est. Finies les longues mélopées de l’amour bourgeois, cela ne peut plus être. Le langage se fait cruel car les mots signifient toujours plus ce qu’on pense et ce qu’on croit dire. Le langage est bien plus grand qu’Isabelle et la dévore. Et en créant du décalage à l’origine d’incompréhensions, le langage se fait aussi profondément drôle. Il s’agit d’un humour profondément tragique, un humour malgré lui. Cet amour des mots s’exprime dans la dernière séquence, flottante et magnifique. Les mots se recollent enfin. Gérard Depardieu les prononce d’ailleurs avec un plaisir évident. Il lit l’avenir. Lire l’avenir est à ce moment du film profondément ironique : le présent n’arrive même pas à se dire que déjà l’avenir devrait se lire ? « Un beau soleil intérieur » se révèle être ce qu’Isabelle a toujours été. Il justifie en soi ce plaisir de l’immédiateté dans un fourre-tout impossible à ordonner. Il y a de la tragédie et de la légèreté dans cette fin. Les mots se poursuivent au bout du générique, et même au-delà. Et en bout de course Claire Denis nous éclaire sur une quantité de belles choses énoncées sur la relation amoureuse. Elle renvoie ainsi sur nous le rayonnement d’Isabelle. Cette lumière vagabonde aura réussi à irradier à travers le brouillard des mots et des hommes.

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Tino Tonomis

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