100 merveilleux albums de 2017 – #20 à #11

20/ Ddent –  آكتئاب (indus rock / post rock / noise rock / doom metal)

ddent

Un sirocco ensablé et cinglant se lève sur l’horizon dépeuplé. Et dans un désert post metal accablé de chaleur et aveuglé de soleil, il emporte les mirages éblouissants puis détruit les palais de sable. C’est une inclination devant le temps apocalyptique, une acceptation de la pénible désagrégation dans la lenteur d’un doom metal ramassé. Les arpèges finissent emportés dans le vent, à jamais volatilisés. Bientôt les poussières ne couvrent plus qu’un seul idéal désenchanté : hâter sa propre fin dans le désert.

Une chanson : https://www.youtube.com/watch?v=aFuZL_77BkE
Parce que cet enchaînement de riffs doom metal forme une série de coups de chien traîtres qui réduisent en miettes n’importe quelle destinée gâtée par le désert.

 

19/ Un Amour SuprêmeJovontae (hip hop / jazz)

Jovontae

Peu de choses en commun entre Un Amour Suprême derrière lequel se cache Sameer Ahmad et A Love Supreme de John Coltrane. Pourtant, en convoquant une multitude d’images ou de références musicales et cinématographiques dans un collage désinvolte et onduleux comme l’eau, cet album parle le jazz. Tout s’embrouille très vite dans ces entrelacements d’images. Ce qui se cueille ici est le surréalisme d’un monde saturé de représentations, fausses comme vraies, et coupables d’une poésie inévitable. Il s’accoquine magnifiquement bien à un rap émerveillé et perdu dans les fantasmagories. Un amour suprême s’entend en conséquence : divers éléments tiennent par un seul fil d’amour, ténu et solide, puis ils plongent dans un grand maelström amoureux.

Une chanson : https://www.youtube.com/watch?v=mq-fPIhX0H4
Parce qu’à partir d’effluves d’une pièce de jazz typé 50’s, Sameer Ahmad navigue partout et acquiert la vision d’un prophète sans prophétie.

 

18/ Biscuit MouthHot Change (punk / post-hardcore)

hot change

Les énergies animales en nous sont insoupçonnées et il faut un punk méchant et sauvage pour savoir les libérer. Biscuit Mouth possède à la fois la fougue équine et la férocité canine nécessaires pour ne pas relâcher l’étoffe. Leur punk ne se contente pas de montrer les dents : il aboie, éructe puis se jette en pâture à la meute carnassière. Les guitares agissent comme une nuée de mouches promptes à exciter l’animal ; la batterie, elle, cadence les combats à mort. Entre fatigue nerveuse et rébellion fougueuse, la ménagerie est en lutte non seulement avec son entourage mais aussi avec elle-même. Ce qui en fait en définitive le plus indomptable des animaux.

Une chanson : https://www.youtube.com/watch?v=7rQXKqoiYCI
Parce que la meute accélère et s’agrège d’autres assoiffés avant de tailler en pièces sous les cris métalliques d’un saxophone stoogien.

 

17/ Andrea BelfiAlveare (musique minimaliste / electro expérimentale / ambient)

alveare

Second album de l’année pour Andrea Belfi, celui-ci dans une veine plus minimaliste et moins minéral qu’Ore. Il y trace l’encéphalogramme d’un monde en expiration ; un monde qui ne vit plus que par intermittence et dont l’avenir s’écrit en pointillés. Il ne reste alors plus que des élans nus : la respiration et les pulsations. Mais de ces pulsions de vie s’entend plus que jamais la vibration. Celle qui se prolonge dans tous le corps pour le transir. Alveare est une opération chirurgicale de survie sous oxygénation. De l’orfèvrerie qui se manipule le souffle coupé.

Une chanson : https://www.youtube.com/watch?v=4IJUkX0OZO0
Parce que la réanimation opère lentement par ondes de choc et les deux dernières minutes sont celles du soulèvement miraculeux.

 

16/ SeabuckthornTurns (drone folk / ambient)

turns

L’eau dans la mare semble stagner. Et dedans flottent des guitares en boucle, vouées à ne jamais être amarrées à la rive ; toujours entraînées en plein flottement navigateur. Le folk de Seabuckthorn est ensuite emporté dans des cascades. De ces guitares humidifiées aux cordes aussi impétueuses qu’un cordage de navire, la musique échappée offre une méditation contemplative bien particulière : celle qui découle de la navigation aléatoire en territoires inconnus, celle qui se permet encore de rêver aux nuages au-dessus de la canopée.

Une chanson : https://www.youtube.com/watch?v=EW2He3Lh5_A
Parce que cordes frottées et cordes pincées se répondent dans l’air froid, provoquant jusqu’à ses derniers râles l’embrasement de la terre glacée.

 

15/ Aquasergelaisse ça être (art rock / rock expérimental / pop / jazz)

laisse ça être

Définir un style à Aquaserge relève de la gageure tant ce groupe brouille les pistes entre rock expérimental, krautrock et jazz. C’est une mixture joueuse et bricolée. Leur style c’est leur jeu ; et il consiste ici à jouer au chat et à la souris sans laisser le moindre temps mort. Ce sont des courses poursuites savantes si loin et si proches ; ce sont des phases commencées alors que d’autres restent inachevées. L’œuvre n’en est que plus prolixe, comme si elle faisait la traduction littérale d’une musique mobile et insaisissable ; une sorte de logorrhée rythmique. Bientôt les langues se délient et se teintent de surréalisme. Tout le mérite d’Aquaserge revient dès lors à la capacité qu’ils ont de ne jamais dissimuler les coutures d’ajustement, les coulisses des répétitions et tous les hiatus. Œuvre en train de se faire, de se laisser faire, de se laisser être.

Une chanson : https://www.youtube.com/watch?v=t34U7T7XkR0
Parce que cette chanson de fin referme et rouvre toutes les portes d’une même pièce musicale d’un œil amusé et curieux.

 

14/ Dale Cooper Quartet & The DictaphonesAstrild Astrild (dark jazz / ambient)

astrild astrild

Et le temps devient soudainement liquide, noir et trouble. Sous le ciel bas et ses nuages plombants, une atmosphère d’inquiétude en soupape. Un saxophone démembré tente parfois de créer des percées dans la noirceur mais ce ne sont là que des actes désespérés comme chez Bohren & der Club of Gore. Au mieux, ils changent le sens du vent dans un monde condamné. Au pire, ils se déforment un peu plus et épousent les replis denses de l’atmosphère moite. Et progressivement, la noirceur gagne le voyageur ; lentement il se love dans cette atmosphère. Astrild Astrild est un album en lâcher prise ; de ces albums qui nous perdent définitivement dans la pénombre.

Une chanson : https://www.youtube.com/watch?v=Co5BC0gjmjg
Parce que les brames dans la forêt hypnotisent et nous guident jusqu’à un chant satiné retiré en milieu de clairière.

 

13/ Ryuichi Sakamotoasync (ambient / musique minimaliste)

async

Sur ce nouvel album de Ryuichi Sakamoto, la pleine lune réenchante les contes des contrées lointaines, agite des nuits sans sommeil puis instille un calme perturbant. Cela sonne comme de courtes comptines inquiètes éclairées à la lueur de peurs enfantines. Ces comptines sont traversées par un langage obscur et irréel qui les rend même complètement incompréhensibles. Et en interrogeant le monde ce sont ses propres mystères qui lui sont renvoyés. Il n’y a alors plus qu’à contempler l’univers nocturne et silencieux ; immensité percée de quelques rais de lumière, discrets comme ceux de la lune. Il n’y a alors plus qu’à profiter de la belle insomnie.

Une chanson : https://www.youtube.com/watch?v=hU94y276cuU
Parce que l’aridité d’un piano endommagé par un tsunami finit par s’évaporer dans de laineuses volutes ambient.

 

12/ Pact InfernalInfernality (dark ambient / techno)

infernality

Saisir la main du diable et se laisser entraîner dans des danses funèbres et incantatoires : tel est le pacte que signe Pact Infernal sous l’ogive de l’Enfer. Les rythmes martelés comme des rites macabres emprisonnent les baladins dans des geôles glacées. Et sur les murs résonnent les cliquetis des chaînes des prisonniers. La musique entame alors ses rondes de folie et en devient complètement païenne : chaque chanson définit un rite auquel se plier pour entrer dans la secte. Et ainsi mieux entrer dans la transe. C’est comme si Dead Can Dance s’était laissé captiver par l’ennemi et la folie mystique. La ronde funèbre se resserre alors toujours un peu plus dans une electro circulaire et dévorante. La cérémonie sacrificielle aura bien lieu ; la démence est là pour veiller sur elle.

Une chanson : https://www.youtube.com/watch?v=FGMqwaLRAp8
Parce que quand la Mort foudroie, la danse macabre s’aliène au son de tambours démoniaques et de cornes de satyres.

 

11/ Zimpel/ZiolekZimpel/Ziolek (folk expérimental / jazz)

fourth molar

A l’image de ces arbres immenses qui se ramifient en branches surprenantes et dédaléennes, le folk printanier des polonais de Zimpel/Ziolek bourgeonne à partir d’un rien : simples accords de guitare, ritournelle répétitive de piano. Mais il grandit en ramifications et explore d’autres territoires musicaux. Ce qu’on appelle laisser couler la sève. Un solo de clarinette peut ainsi mettre le feu seul à une forêt. La volonté de conquête de ce groupe semble sans limite tant il se fait pressant à l’idée de grandir à travers les saisons. A mesure qu’il baguenaude, le folk abreuvé au jazz et à la musique expérimentale de Zimpel/Ziolek s’abreuve d’éléments minéraux, glisse quand le temps file et traverse une alternance infinie de jours et de nuits.

Une chanson : https://www.youtube.com/watch?v=aCJXynoOI1M
Parce que sous l’écorce coriace et chaude, une clarinette klezmer agite jusqu’à épuisement les circulations de la sève.

 

Tino Tonomis

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